C’est tellement facile de juger…

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chien-sdf-01Comme chaque soirs depuis quelques mois maintenant, je sors de mon laboratoire où j’y ai décroché « un stage » de 6 mois, obligatoire dans mon cursus universitaire pour valider mon master 2. Après une nouvelle semaine plutôt éreintante de mes 60 heures hebdomadaires et où l’envie de me faire la cuisine ce soir là était tout aussi puissante que de repasser tous mes examens depuis la fin du lycée, je décidai d’aller chercher ma pitance au Mc dalle. Une soirée bien tristoune comme on les aime, surtout quand on revient chez soi avec autant de gras que pourrait contenir un phoque de banquise.

Entre le moment où je me pointe à Mc Do et le moment où je rentre avec mon repas ruisselant de triglycérides saturés à souhaits, je me suis fait abordé dans la rue par un jeune SDF, pas beaucoup plus âgé que moi. Il avait les cheveux bouclés blond, et plutôt bien habillé pour un clochard. Son chien, une sorte de croisement entre Pollux  et Fido, était couché à côté de lui. Pauvre clebs. Avait-il voulu vivre sa vie aux côtés d’un jeune con qui n’a jamais su se prendre en main? C’est dégueulasse d’imposer son mode de vie complètement décousu, je trouve ça lamentable. Bon, et puis comme je m’y attendais : « Z’auriez pas une pièce s’il vous plait, c’est pour nourrir mon chien ». Je donne jamaisd’argent aux SDF. Un principe de base. Je leur donne volontiers ma bouffe, mais pas de fric, c’est tellement facile d’aller le niquer en vin rouge et en bière dégueu de chez Mutant. En plus, j’ai pas de fric. Enfin j’ai pas d’monnaie. « Non désolé, je n’ai rien sur moi. Bonne soirée. » Je suis pas désolé en vrai, je ne suis pas responsable de sa situation. Pauvre clebs. Je trace ma route direction le Mc Do qui n’est plus qu’à quelques pas. Je me réjouis déjà du grand gueulton que je vais me taper. Je le mérite bien, n’empêche.

Après avoir payé un menu maxi best Of CBO, je retourne sur mes pas pour rentrer me repaitre dans mon antre de garçon célibataire. Bien sûr, cela implique de repasser devant ce clochard qui vient d’essayer de me taxer du fric avec un sac Mc Do remplit à craquer. « Et tu arrives encore à dormir tranquille le soir? » Quoi? Ce mec essaye de me faire culpabiliser d’aller dépenser mon fric durement gagné pour me faire plaisir? Je pose mon sac de bouffe, je me mets devant lui, je le regarde droit dans les yeux. « Et toi, ça te déranges pas d’être là où tu es? ». Mec j’ai passé les 5 dernières années de ma vie à me battre contre elle. Mes parents m’ont mis dehors après mon bac, ne voulant pas financer mes putains d’études longues et onéreuses. Je travaille tous les jours depuis 5 ans dans ce putain de Mc Do où je viens dépenser mon fric, pour me payer un semblant d’appartement et une vie décente avec brosse à dents et dentifrice. Putain mec, ça fait des années que je me donne à fond pour finalement être payé 430€ putains d’euros pour mes 60 heures de boulot hebdomadaires. Je bosse dans la recherche anti-cancéreuse, mec! J’ai développé une thérapie prometteuse! 430 € par mois, tu entends ça? Ca rentre dans ta petite tête d’RMIste avec tes 450€ à glander sur un trottoir? Mec, je bosse les week end et les soirs après mes journées pour combler les 2 bouts. J’ai pas de bourses, pas d’alloc, rien, parce que tu sais quoi? Parce que j’ai décidé de faire des études ducon! Parce que les étudiants en France sont bien moins lotis que celui qui est sorti du système par flemme de se sortir les 2 mains de son cul. Ce soir, je suis de congé, je décide de dépenser le peu de fric que je gagne pour me faire un petit plaisir, et toi, tu essayes de me le faire culpabiliser? Putain mais tu gagnes plus que moi pour zoner avec ton sale clebs a taxer la thune des gens qui bossent! Et c’est à moi que tu demandes si j’arrive bien à dormir la nuit? Comment peux-tu me juger?

C’est ce que j’aurai pu lui dire, a ce jeune avec son chien dans la rue, si j’avais eu les couilles de repasser devant lui avec mon sac mc do. En fait, j’ai pas eu le courage de repasser devant lui, préférant tourner à un croisement juste avant de le croiser. J’ai préféré faire un détour que de sentir le regard accusateur, et puis s’il avait eu l’audace de m’interpeller, certainement que je ne lui aurait jamais dit toutes ces âneries. Parce qu’autant je pense souvent que je mène une vie dure, autant j’aime mon stage de chercheur, et j’aime mon hypothétique futur métier. Et peut être que lui en a encore plus bavé que moi. Que la vie a été encore plus une grosse pute avec lui qu’avec moi. Je pense pas qu’un jour on rêve de devenir SDF à quémander du fric pour bouffer. Même si c’est pour picoler. Il ne gagne certainement pas le RSA, et son visage exprimait honnêteté. L’argent qu’il gagnait, servait certainement à nourrir son chien.  Merde, son chien n’avait rien demandé. En est-il arrivé là par fainéantise ou par malchance? Je me retrouve dans un milieu riche, aisé, à force de combats et de courage. Mais combien de fois ai-je failli baisser les bras? C’est finalement facile de juger les autres… Quelle merde je fais.

J’arrive enfin chez moi. Putain. Mon CBO est froid. Ma vie de nouveau riche est vraiment pourrie.