Charlie, défends-moi …

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Je me disais assez souvent en rigolant que les types comme ça allaient avoir des accidents de bagnole. Je ne ris plus.

Pas un accident net, pas une boucherie cannabino-alcoolique irresponsable, mais bien un pépin louche, un problème de frein, un truc de mafieux … Et cette pensée me faisait rire. Ces hommes et ces femmes, qui nous font rire et réfléchir tous les jours en moquant tout ce qui, au fond, devrait nous faire franchement pleurer, vont désormais risquer leur vie pour contribuer à nous élever. Et certains d’entre-eux le font sciemment. Et certains d’entre-eux l’ont fait sciemment, jusqu’à hier matin. Les cartouches de fusil contre les cartouches d’encre.

Et dans cette histoire, je trouve qu’il est étrange de devoir vivre l’ascenseur émotionnel. Nous devons pleurer. Pleurer contre la liberté bafouée, l’ignorance des raccourcis et l’odeur déjà nauséabonde qui monte de l’extrême. Et nous devons rire ! Rire pour la résistance, pour la mémoire des victimes et pour honorer nos valeurs ! Je peine encore à me dire que notre pays, la nation des Droits de l’Homme, a connu cette aggression.

Un attentat contre des artisans de la gaudriole, et nous, Français, nous sentons dépeuplés. Même si tous les malheurs du Monde sont toujours là et que la France est une nation pessimiste par excellence, nous avons cette culture du rire. Le rire à la radio, le rire à la télé, le rire dans la presse, le rire sur Internet, le rire des mots, le rire du geste, du mime et la mimique, le rire insolent, le rire …

Et le rire est bien le contraire du silence. Tout comme Bakenji, j’ai appréhendé cette minute terrible instituée par notre Président de la République et qui, pour ma part, a eu lieu sur mon lieu de travail. Cette minute qui, tout comme Bakenji, en a plutôt duré trois ou quatre dans la rue avec mes collègues sous la pluie, dans la rue pour afficher de manière nette un refus qui dépasse tous les clivages. Trois ou quatre minutes parce que personne n’osait cesser cet instant qui nous mettait face à une réalité et à un potentiel et pestilentiel futur (proche ?). Et tout comme Bakenji, ma collègue de confession musulmane pleurait, et s’excusait comme si elle avait tenu l’AK et qu’elle avait tiré par accident. Déchirant.

Mais j’étais à l’Hôtel de Ville de Rouen hier soir, et j’ai vu ces inconnus, cette France black-blanc-beur, ces retraités à bicyclettes, ces jeunes parents et toute leur smalah, ces personnes d’âge mûrs sûres de leurs expériences et déboussolés par le coup de balai de l’extrême, ces étudiants qui grelottaient dans le froid en se demandant ce qui allait se passer et ce qu’on attendait, comme des cons, devant cette statue de Napoléon. Ce à quoi je voulais répondre : RIEN. Tu es là, c’est l’essentiel. Le principal, c’est que la France soit là, debout dans le froid à penser à la même cause primordiale. Mais si tu cesses d’attendre, agis, ris, compose, dessine, écris, danse, ..! Aujourd’hui, je veux croire que nous mesurons que la liberté est à portée de culture … Et je veux rire, je dois, que dis-je ? nous devons rire de tout ! Alors je vous mets cette une qui, même vue mille fois, ne me lasse pas.

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Juste histoire de conclure de manière légère, et comme j’ai pu l’entendre en particulier à la radio que j’écoute beaucoup, je souhaiterais vous faire part de mon histoire avec Charlie. Mais rassurez-vous, c’est très bref, puisque la première fois que j’ai acheté Charlie Hebdo était aussi la dernière (je ne suis donc pas du tout un familier de ce journal) : c’était le 20 décembre dernier à l’espace Coty du Havre. Mais pourquoi me direz-vous ? C’est très simple, j’avais un billet de cinq euros, et besoin de monnaie. Je vais dans le premier magasin intéressant que je trouve … un kiosque. Je veux m’acheter une sucette histoire de dire que je prends un truc, puis je me dis que je peux prendre un journal puisque j’emballe toujours mes cadeaux (de Noël, en l’occurence) dans des prospectus ou du journal … et mon regard tombe sur Charlie. Je le prends en me disant que ça pourra être une bonne lecture avant de le dépouiller, et je vois cette couverture qui fait suite à la révélation de l’homosexualité de Florent Philippot (n°2 du FN) par Closer :

 

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Bordel, ce fut bref, mais intense !

 

Merci Charlie, pour ces dessinateurs aux pattes reconnaissables entre mille qui feront pour toujours partie de notre culture et de notre Histoire, pour ce ton qui n’a pas que l’air d’y toucher et cette provocation qui ne sera pas vaine, je le veux. Car moi aussi :

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