En 1940, l’or de la France a disparu

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Lorsque les Allemands occupent Paris en 1940, les réserves d’or conservées à la Banque de France se sont volatilisées. Le fruit d’une exfiltration épique.

Près de 2500 tonnes d’or, des pièces et des lingots par milliers… Dans l’entre-deux guerre, ce stock d’or impressionnant confère à la France la deuxième place parmi les puissance économiques mondiales, derrière les États-Unis. Ce magot dort sagement dans le ventre de la Banque de France, à 30 mètres sous terre, dans le coffre-fort le plus vaste du monde, que ses habitués ont sobrement baptisé « La Souterraine ». Un espace sous haute surveillance que l’armée allemande s’empresse d’aller visiter, dès qu’elle prend Paris, le 14 juin 1940. Deux officiers se rendent rue de la Vrillière, dans le 1er arrondissement, non loin du quartier des Halles. Quand ils atteignent le cœur de la Banque de France,  ils ne perçoivent que l’interminable écho du claquement de leurs propres bottes: les soldats font tourner la lourde porte de la Souterraine et découvrent que la gigantesque salle de 11000 mètres carrés a été entièrement vidée de son contenu. L’or a pris la poudre d’escampette. Ce que les Allemands ignorent encore, c’est que cela fait déjà de longs mois que le trésor s’échappe au compte-gouttes, dans le plus grand secret.

L’un des croiseurs embarquant l’or vers le nouveau Monde.

C’est le fruit d’un processus d’évaluation des périls établi par la Banque de France: lorsque Paris est menacé, l’or doit être évacué. Ainsi dès 1933 et la montée en puissance d’Adolf Hitler outre-Rhin, une partie des réserves d’or stockées à Paris est transférée vers des succursales situées à proximité  des côte, vers Brest et vers Toulon. En 1938, alors que la menace d’un conflit mondial se fait de plus en plus pressante, 600 tonnes d’or sont embarquées sur des croiseurs de la Marine Nationale, traversent l’Atlantique et prennent la direction de la Réserve Fédérale des États-Unis pour être mises en sécurité. Le jour de l’entrée en guerre de la France, le 3 septembre 1939, la totalité de l’or est évacuée du coffre-fort. Une expédition d’envergure impulsée par Lucien Lamoureux, ministre des Finances du gouvernement Reynaud, et menée par une poignée de salariés de la Banque de France. Fin mai 1940, 400 tonnes embraquent pour Halifax. Un mois plus tard, les réserves restantes sont exfiltrées hors de France: 254 tonnes d’or quittent Brest pour atteindre la Martinique, tandis qu’un autre convoi achemine 1100 tonnes à Dakar.

L’actuel « poids » de l’or dans la Souterraine s’élève à 2435 tonnes contre plus de 2500 en 1933.

Tout au long de la guerre, les Allemands tenteront de mettre la main sur ce butin, le gouvernement de Vichy acceptant même de le céder afin d’adoucir l’occupation (ces traitres). Mais ils ne parviendront jamais à leur fin, du fait du statut privé de la Banque de France qui permit de sauvegarder la quasi-totalité de ses avoirs. Lorsqu’ils seront rapatriés en France en 1946, il ne manquera « que » 395 kilos d’or… Toujours plus que l’actuelle richesse du Zimbabwe.

« La Souterraine » se trouve toujours au même endroit dans le 1er arrondissement.