La bulle de la tulipe !

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En 1937 sur le marché de Amsterdam ou de Harleem aux pays-bas il était tout à fait normal de négocier un bulbe de tulipe environ 5000 florins. ça fait plus ou moins 50 000 euros en parité de pouvoir d’achat.

Provinces unies

En fait, entre le début de sa commercialisation dans les provinces-unis (l’ancêtre des pays-bas) début 1600 et 1640 le cours de la tulipe a explosé. Plus précisément entre 1934 et 1937 le cours a pris 5900% dans sa face. C’est le Bitcoins de l’époque !

La tulipe c’est diffusée en Europe courant 1500 du fait des échanges diplomatiques entre les cours européennes et la Sublime Porte – la cour de l’empereur Ottoman Soliman le magnifique. Dans un contexte de mode autours des fleurs – chez les élites, hein, les gueux n’y avaient pas le droit – la culture de ce bulbe c’est dèveloppé. D’autant que le bulbe de Tulipe résiste bien aux climats frisquets du nord de l’Europe. L’engouement prit vite dans la haute société Hollandaise avec une hausse des prix régulière mais encore vaguement raisonnable. Effectivement, quoi de mieux pour étaler sa richesse qu’un parterre de fleur rare devant son porche ?

Puis la mode a pris l’Europe et la demande en Tulipe venant de France ou d’Angleterre a commencé à faire s’envoler les prix. En effet en 1934 il y a une petite accalmie dans la guerre de 30 ans – conflit qui transformait progressivement le saint empire germanique en terrain vague – ce qui stimula le commerce. Et comme, un bulbe de tulipe met une dizaine d’année avant de pouvoir porter une fleur… La hausse de la production suivit la hausse de la demande avec une très grande latence. En 1635, il y par exemple trace de l’achat d’une quarantaine de bulbes pour 100 000 florins – un ouvrier qualifié gagne environ 150 florins l’années pour donner un ordre d’idée. On commence à acheter en hiver des bulbes qui ne seront disponible qu’au printemps. Gros facteur aggravant qui permet aux ordres d’achats de changer de multiples fois de mains jusqu’à se déconnecter tout à fait de la réalité de la marchandise.

Vers 1636, la logique décida de partir en vacance. Il y eut création de bourses de la tulipe en Hollande avec suivis très sérieux des cours et achats de bulbes devant notaire. Mais aussi un immense marché parallèle de la tulipe qui se négociait dans la rue, avec promesses de ventes sur un bout de papier. Les non-initiés décidèrent de profiter de cette si facile manière de s’enrichir. D’aucun met sa maison en gage pour une part de bulbe. Les contrats changeaient plusieurs dizaines de fois de main dans la journée. Au final ils étaient signés entres acheteurs qui n’avaient aucune intention d’acquérir les tulipes  et des vendeurs qui ne disposaient pas eux même directement de bulbes. Le concept Tulipe devint totalement déconnecté du fait Tulipe (une fleur,  en fait).

A l’époque, la Hollande est un des plus riches pays d’Europe du fait de sa fabuleuse puissance commerciale – et d’un peu de piraterie. C’est dire les fortunes engouffrées.

Âge d'or hollandais

Rien à voir avec les tulipes mais il s’agit d’un tableau de l’école hollandaise en 1640 (atelier de Rembrandt) Le 17ème siècle est l’âge d’or de la Hollande. Au delà de la richesse pécuniaire c’est une période d’intense activité scientifique et artistique dans un des rare endroit en Europe qui garanti la liberté de culte.

 

En 1637 le parlement hollandais anticipe la débâcle et décide une loi pour amortir la casse. Un acheteur n’est plus obligé d’honorer un ordre d’achat, il peut l’annuler à tout moment s’il en paye un petit pourcentage. Effectivement, cela limite tellement la casse qu’il n’y a plus aucun risque. On arrive à nos 5900% de hausse depuis 1634, il n’y a plus aucune limite. Le marché de la tulipe représente deux fois la capitalisation boursière d’Amsterdam.

Le 6 février, le marché se retourne brusquement. Tout le monde se retrouve comme d’habitude à Harleem à la bourse aux tulipes et surtout aux tavernes… Mais les acheteurs sont anormalement frileux ce matin. Cet à dire qu’une épidémie de peste à éclater en ville et la situation est très tendue. Les gens hésitent à investir. Les vendeurs baissent les prix. Sans effets. Puis ils paniquent et soldent leurs lots. Très vite contagion la prend toute la ville puis tout le pays. Les prix baissent, il faut attendre qu’ils se stabilisent pour faire la meilleure affaire possible. Les prix s’effondrent, et une fois la dynamique de hausse infinie brisée, il n’y a plus d’intérêt à investir… Voir, si on veut une tulipe, autant procrastiner l’achat : ça sera de tout façon moins cher.

En mai, la tulipe ne vaut pas plus qu’un oignon. Et encore, l’oignon – lui – peut se manger.  Difficile de savoir les conséquences, semblerait que l’économie Hollandaise s’en soit plutôt bien remise mais il y a eu des gens ruinés. Les sources sont plutôt parcellaires sur les conséquences et très…. Orientées. Effectivement, la bonne société protestante puritaine considéra que la spéculation sur la tulipe était un jeu d’argent et à ce titre tout à fait répréhensible. Ce serait dieu qui aurait envoyé la peste pour punir les bourgeois spéculateurs qu’on serait surement pas loin de la vérité. Bref, après la crise, il y a beaucoup de sermons anti-tulipe mais peu de sources objectives.

 

Ces tulipes moirées -"cassées"- étaient les plus cher. Aujourd'hui on sait que les dessins sont le fait d'un virus... Qui fragilise grandement les fleurs tout en diminuant leurs capacités de reproduction. Dur, dur à cultiver. Le prix de la rareté.

Ces tulipes moirées -« cassées »- étaient les plus cher. Aujourd’hui on sait que les dessins sont le fait d’un virus… Qui fragilise grandement les fleurs tout en diminuant leur capacité de reproduction.
Dur, dur à cultiver. Le prix de la rareté.

Ils jurèrent – mais un peu tard – qu’on ne les y reprendrait plus… En tous cas concernant les tulipes, puisqu’il ne fallut qu’une année avant qu’une bulle sur la hyacinthe n’apparaisse puis n’éclate. Les gens n’apprennent pas.