La faillite de Nauru

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Aujourd’hui je vais vous parler de Nauru, petite île du pacifique et de l’histoire de son économie. Dit comme ça, c’est pas sexy mais un petit graphique va illustrer mon propos et peut-être titiller votre intérêt. C’est probablement l’un des plus gros FAIL économique de l’histoire.

Évolution du PIB par habitant de Nauru

Je vais vous raconter l’histoire d’un pays qui fut tellement mal géré, qu’en comparaison, le gouvernement Grec mériterait un prix Nobel d’économie, d’un pays où il a été sérieusement envisagé d’abandonner l’île et  de de s’exiler pour les 9000 habitants.

C’est un peu une allégorie de notre monde en miniature et de la non infinité de nos ressources naturelles.

C’est plus ou moins dans ce coin là.

Nauru est une petite île du pacifique, plus ou moins la superficie de Rouen (sans son agglomération),  peuplée de 9000 habitants. Colonisée par l’Allemagne – oui, oui il y a eu un empire colonial allemand – puis par l’Australie après la première guerre mondiale, l’île devient indépendante en 1968… Et ce faisant devient le pays au plus fort PIB par habitant du monde. Un pays dont les habitants sont plus riches que les luxembourgeois et les monégasques réunis.

La petite république possède la particularité d’être le seul pays à ne pas avoir de capitale officielle. Et pour cause, il n’y pas de ville individualisée, mais un anneau de construction sur le rivage avec au centre un no man’s land ravagé par l’extraction intensive du phosphate.

En effet, à Nauru, il n’y a pas grand chose, mais il y a du phosphate. Beaucoup de phosphate, entrant dans la composition d’engrais (pour enrichir les sols en phosphores, YA BON disent les plantes). Et dans les années 1960 en pleine révolution verte le phosphate a vu ses cours s’envoler, ceci assurant une rente immense pour Nauru.

Le gouvernement Nauruan – pas très expérimenté et qui ne savait quoi faire de tous ses dollars – offrit donc de multiples avantages à sa population. Ni impôt, ni taxe. Eau, électricité et loyer gratuit. Études – en Australie – gratuite, même un golf dont l’accès n’était pas payant. L’île est morcelée en multiples parcelles appartenant aux habitants de l’île qui, à ce titre, touchaient une rente pour l’exploitation du phosphate. De ce fait, les Nauruans ne travaillaient pas pour l’essentiel, et la main d’œuvre venait de l’étranger – de Chine notamment.

Il n’y a pas grand chose à faire à Nauru, et l’afflux de richesse du jour au lendemain va transformer l’île en temple de la consommation. Il faut bien comprendre qu’une population vivant de la pêche et de la culture des noix de coco, du jour au lendemain a vu l’argent et les biens de consommations tomber du ciel. Les habitants achetaient de nombreuses voitures, remplissaient leurs maisons de télévisions et de chaînes hi-fi et si quelque chose tombait en panne, ils rachetaient, l’argent n’ayant pas vraiment de valeur puisqu’ils étaient – littéralement – payés à ne rien faire.

Effet pervers, la surconsommation de nourriture et l’absence total d’activité physique – même les femmes de ménages chinoises où provenant d’autres îles du pacifiques étaient subventionnées par l’état – va faire grossir la population, dont 95% deviendra obèse. Paradoxalement, du fait des complications liées au surpoids (diabète, accidents cardio-vasculaires) l’enrichissement de Nauru fera baisser l’espérance de vie des habitants à une cinquantaine d’année. Sans compter un taux d’alcoolisme et de tabagisme supérieur aux moyennes des pays occidentaux.

Le gouvernement investira dans tout et n’importe quoi, faisant construire des building un peu partout dans le monde et même un aéroport international et une compagnie aérienne, air nauru, qui se révélera un gouffre financier.

Comment rentabiliser 7 avions de lignes avec une population d’à peine 8000 âmes ?

Mais voilà, tout à une fin, dans les années 90 les réserves de phosphates s’épuisent et le pays s’écroule en quelques années, en effet, il n’y a rien à Nauru, pas même d’eau potable et la nourriture, l’eau, les carburants et les biens manufacturés doivent êtres importés d’Australie. Même l’agriculture est devenue impossible tant les sols sont dévastés et pollués par l’exploitation minière du phosphate. Les fonds d’investissements supposés anticiper l’après phosphate mal gérés, mal investis, victimes de détournements de fond et de corruptions consomment plus d’argent qu’ils n’en génèrent. Air Nauru fait faillite, ses avions sont saisis par ses créanciers quand ils se posent sur des pistes étrangères. L’état ne peut très vite plus payer ses fonctionnaires et coupe tous les avantages sociaux d’une population à 90% au chômage.

La seule banque du pays fait bien vite faillite et les Nauruans, dont certains avaient épargnés plusieurs millions d’euros perdent tout.

L’état, incapable de réduire ses dépenses qui pour 6 ministres atteignaient 50 millions de dollars par an, contracte une dette importante qu’il est incapable d’honorer, d’autant qu’une période d’intense instabilité politique – où les présidents se succèdent très rapidement – empêche toute politique cohérente. Les créanciers de Nauru saisissent vite les biens de Nauru à l’étranger tel la Nauru House en Australie pour une misère (bien que 6 milliards de dollars australiens furent investis dedans, les fonds d’investissements ne valaient plus que quelques centaines de millions de dollars).

La Nauru house n’appartient plus à Nauru.

Les Nauruans n’ont plus accès à aucun système de santé – en l’absence d’hôpital à nauru, ils allaient se faire hospitaliser par avion en Australie, et même l’électricité et les lignes téléphoniques ont été coupées pendant quelques mois.

Nauru est tout d’abord prêt à tout pour s’en sortir – ou du moins ralentir sa chute. L’île devient un grand paradis fiscal permettant à la mafia russe de blanchir son argent en ouvrant des banques fictives (une cabane sur une plage serait le siège social de plus de 400  »banques »  – en réalité de simples boites postales – mais je n’ai pas trouvé de sources fiables sur le sujet). L’île qui intègre l’ONU en 1999 monnaye ses votes et reconnaît certains pays (taïwan, l’ossetie-du-sud…) contre rémunération.  Elle vend des passeports, d’ailleurs les services antiterroristes grincent des dents quand ils trouvent des terroristes avec des passeports Nauruans. 

Puis, devant l’insuffisance de ces rentrés d’argent devient peu à peu totalement dépendante de l’aide internationale – et en particulier de l’Australie. Ses revenus proviennent essentiellement de la vente de permis de pêche et de la location d’un centre de détention où l’Australie héberge ses immigrés illégaux.

Le centre de détention en question, dans le cadre de la  »Pacific Solution » (la stratégie australienne concernant l’immigration illégale).

Aujourd’hui l’île est dévastée, le centre n’étant plus qu’un amas de cailloux impropre à l’agriculture, la population n’a absolument aucune culture industrielle, ni commerciale et est revenue à une économie de subsistance comptant sur la pêche et une agriculture vivrière là où cela est possible. L’état de santé de la population est très mauvaise, cumulant problèmes de pays riches (obésité, diabète) et l’absence d’un véritable système de santé – il n’y a pas d’hôpital sur l’île.

Nauru ne possède pas d’attrait touristique particulier entre le paysage lunaire au centre – l’île a la forme d’une cuvette à force d’avoir été creusée – l’absence de jolis fonds marins (la pollution par le phosphate ayant détruit les coraux), l’absence d’infrastructure touristique, l’isolement de l’île et la disparition de la culture traditionnelle Nauruane.

L’état avait même envisagé d’abandonner l’île lorsque le phosphate avait commencé à manquer. D’acheter une autre île et d’y déménager toute la population pour tout recommencer en vivant des rentes des fonds d’investissements. Ce rêve n’a bien sur pas eu lieu, faute de moyen.

Quand on voit cette petite île qui a totalement dévasté son écosystème, qui a creusé jusqu’à toucher le fond pour s’écrouler ensuite je ne peux pas m’empêcher de penser à cette petite planète bleue qui pompe et qui pompe ses carburants fossiles et qui réchauffe petit à petit son atmosphère. Les Nauruans n’ont-ils pas reproduits à plus petite échelle et à grande vitesse ce que font les hommes partout ailleurs ?

Il paraît que les jours de fêtes, les Nauruans utilisaient des billets de cinquante dollars australiens (environs 40 € ) comme papier toilette