La fondation de la normandie

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La fondation de la Normandie, la terre des hommes du nord (northmens en vieux norrois) est intimement liée au phénomène viking. Selon la légende, le roi Charlemagne pleura en voyant un drakkar voguer à l’horizon, prédisant que ce peuple inconnu serait la ruine de ses descendants. Ce fut effectivement le cas. A moins que la faiblesse de ses descendants ne firent la prospérité des pillards du nord.

Paradoxalement, c’est Charlemagne lui même qui fut à l’origine des premiers raids vikings. Quand il n’inventait pas l’école, l’empereur des Francs – la superpuissance de l’époque – se pensait investis de la mission divine d’évangéliser les païens. En 782 il partit en campagne pour apporter la parole chrétienne dans la gueule des saxons, détruisant tous leurs sanctuaires, massacrant selon les sources de l’époque 4500 saxons et déplaçant au sein de l’empire après les avoirs convertis quelque 10 000 femmes et enfants. C’est à partir de ce moment que les seigneurs Danois et Norvégiens – très proche géographiquement et culturellement des saxons – virent le christianisme comme une menace, et cela explique peut-être leur propension à piller les monastères et les églises. (il y a aussi que c’est là que l’or se trouvait).

Le tombeau de Charlemagne fut d’ailleurs pillé, par la suite, lors d’un raid.

L’expansion viking – vers l’ouest pour les Norvégiens et les Danois et vers l’est pour les Varègues de l’actuel suède, en schématisant – fut la cause de plusieurs phénomènes. D’une part, les vikings étaient depuis toujours des commerçants opportunistes prêt à devenir pillards ou mercenaires quand la situation y était propice. Vers le 8ème siècle le commerce vers le nord s’était développé car toute la méditerranée était aux mains des arabes. Effet de domino qui fit pénétrer le christianisme au nord car le commerce n’était autorisé que pour les vikings acceptant de se faire baptiser.

Le nord se divisa entre porteurs de la foi chrétienne et adorateurs des dieux païens. Les premiers, les clans vikings baptisés pour raison commerciale, avaient pour ambition d’évangéliser le nord et d’unir tous le nord en un royaume. Bien sur les guerres devaient êtres financées et les période de paix laissait de nombreux guerriers désœuvrés, autant de raison d’aller piller au sud.

Enfin les roitelets Irlandais, Écossais et Anglais étaient faibles et passaient leurs temps à se s’entretuer alors que dans la même temps le royaume des Franc se morcelait tant et plus après la mort de Charlemagne. Il s’agissait de proies faciles pour les pillards Normands qui très vite n’eurent bien vite plus qu’à apparaître pour que leurs victimes payent un tribut, le Danegeld. Il est amusant de savoir que tout le butin était par la suite remonté en Scandinavie pour est revendu dans les comptoirs commerciaux où venaient s’approvisionner les marchands de toute l’Europe. Rien ne se créé, tout se transforme.

Le début des expéditions vikings commença en 793 et le pillage de l’abbaye Lindisfarm en Angleterre. Le massacre et la profanation des reliques sacrées marqua les esprits de l’époque et les scandinaves se rendirent compte de leur avantage. Au point de fonder au 9ème siècle des royaumes en Irlande, dans le nord de l’Angleterre ainsi que dans les îles au nord de l’écosse.

Aux alentours de l’an mille, la victoire de Guillaume le conquérant sur l’anglo-saxon Harold n’aurait probablement pas été possible si le roi Norvégien Harald n’avait pas eu la même idée. L’armée Saxonne s’épuisant à vaincre le  »dernier des vikings » avant d’aller à la rencontre du Normand. Le reste de l’armée Norvégienne, après la mort de leur Roi, formera la garde des empereurs Byzantins.

Justement, la Normandie. La Normandie était sur le passage pour l’essentiel des expéditions dans les royaumes Francs et en particulier à l’embouchure de la seine vers le cœur du royaume. La Normandie était également sur la route pour aller commercer avec les marchands Arabes et Byzantins en méditerranée et c’était une base idéale pour aller piller les côtes anglaise. Enfin le climat y était doux – tout est relatif, ils venaient de Norvège et du Danemark je vous rappel – et dès le début des années 800 de nombreux Danois s’installaient dans le Cotentin et dans le pays de Caux, mais aussi quelques Varègues et des Novégiens de Norvège où de leurs colonies d’Irlande. Les Vikings ont toujours eu une grande capacité d’adaptation et ils s’adaptèrent aux coutumes (et aux femmes) locales.

D’ailleurs ils étaient polygames. L’expression  »Mors Danico » – à la Danoise – désignant le fait de prendre de force une seconde épouse parmi les populations pillées. Ces filles des seigneurs locaux leurs donnaient une certaine légitimité sur la Normandie.

La fondation du duché de Normandie fut le fait d’un Norvégien. Hrólfr ou Rollon en version Francisée est le fils d’un Jarl – d’un seigneur – Norvégien du milieu du 9ème siècle. Comme beaucoup de vikings il avait été bannis de Norvège (pour avoir pillé des terres scandinaves) et était partis à l’aventure essentiellement avec une bande de Danois. Mercenaire pour le compte d’un Roi anglo-saxon il se fit un nom en ravageant ce qui est actuellement le Benelux.

Il est surnommé Rollon le marcheur dans les saga. Peut-être du fait de ses voyages, ou peut-être car il aurait été tellement grand et fort qu’aucun cheval n’eusse la force de le porter.

Il s’installa un peu avant 900 avec sa bande à l’embouchure de la seine. Il y devint rapidement un seigneur important, profitant des nombreux vikings déjà installés sur place – les futurs normands – pour monter des expéditions de pillage en France. Il participa au siège de Paris puis pilla Bayeux et épousa de force – à la danoise, donc – la fille du Seigneur de la ville mais fut repoussé par la suite par le Roi de Bretagne – peut-être un désaccord sur l’origine du cidre ?  Il s’allia avec l’évêque de Rouen, la ville échappant au pillage et, bien que les expéditions suivante furent des échecs, il était déjà de facto le maître de la Normandie lorsque l’empereur Charles le simple la lui accorda à condition qu’il se baptise et protège les côtes  des expéditions de ses compatriotes du nord.

Charles le simple

Il n’était pas encore duc mais prince des normands – jarl pour les siens. La colonisation viking se renforça et les nouveaux arrivant épousèrent des autochtones,et il associa les notables locaux à la gouvernance de la Normandie. Une légende raconte que Rollon avait fait accrocher un anneau d’or pendant plusieurs à un arbre de son duché pour prouver qu’il n’y vivait aucun voleur.

Il n’arrêta pas tout à fait ses expéditions de pillage et les relations avec le roi des francs restèrent tendus. Mais son pouvoir sur la Normandie ne se démentis pas. Sa fin n’est pas bien décrite dans les chroniques de l’époque mais ses descendants en plus de maintenir un duché de Normandie indépendant plusieurs siècles conquérerons l’Angleterre saxonne et même la Sicile (oui, oui il y a eu une Sicile Normande). Son gisant est actuellement à l’abbaye de Fécamp.

 

L’abbaye de Fécamp, ville qui n’a pas enfanté que Alex du 76.

On voit bien, durant son règne, plusieurs caractéristiques des Normands. Opportunistes et extrêmement adaptable – même plastique – au point de se fondre en quelques décennies dans la population locale en ne laissant que peu de vestiges. Pensez y, les Vikings ont conquis la Normandie, l’Angleterre, l’Irlande et la Sicile. Ils ont fondés les prémisses des royaumes russes (de Rho en Grec et Rus en slave : roux comme ils désignaient les varègues de suède aux cheveux de feu.) et pourtant on ne retrouve presque aucune trace de leurs cultures sur place. Ils ont même fondé une éphémère colonie à terre neuve, étant les premiers européens à découvrir l’Amérique. De ce fait, il y a encore des gênes amérindiens chez les Islandais, une pocahontas chez les viking ?

A Rouen, une pierre recouverte de runes offerte par le Danemark en 1911 à l’occasion du millénaire de la Normandie. Il s’agit d’une copie de la pierre de Jellinge gravée il y a un millénaire en Scandinavie.

On imagine des grands guerriers vikings mais finalement ils évitaient les batailles rangées et les sièges et n’ont pas souvent eu du succès lorsque’ils y furent contraint. Leur force était de prendre ce qui n’était pas défendu et de commercer là où les richesses étaient protégées. Les royaumes féodaux n’étaient pas de taille à défendre en tout temps l’intégralité de leur territoire contre les bandes de pillards. Le déclin des vikings aura été l’émergence d’états forts en Europe ainsi que de grands royaumes chrétiens en Scandinavie qui n’avaient plus d’intérêt à laisser partir les homme sur les drakkars. Les vikings étaient un pur produit de l’Europe féodale et il se sont adaptés à sa disparition.