Le Printemps de Bourges (ou quand un milieu se retrouve dans le Centre)

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Ya, broz ! Je suis revenu de Bourges samedi dernier, alors il était hors de question que je vous livre un article dans l’instant, vous avez rêvé … On procrastine ou pas ?

 Pour ceux qui veulent de l’humour dès le début de l’article, je promets un pack de jeux de mots laids sur Bourges. Puta*n, ça commence. Pour ceux qui n’ont pas un oeil rivé en permanence sur le calendrier des festivals musicaux et leurs programmations, la semaine dernière se tenait en région Centre le festival du Printemps de Bourges. Pour ceux qui dorment au fond (rassurez-vous, on est beaucoup à se coller au radiateur …), ce festival se tient tous les ans depuis 1977 et mêle têtes d’affiches nationales et internationales avec nombreux groupes émergents français.

… enfin, tout est relatif.

 Les expériences festivalières sont bien souvent liées à des notions telles que « camping », « nuits courtes », « soirées arrosées », « trous de mémoires » (souvent des dommages collatéraux des concepts précédents si ceux-ci s’imposent à vous de manière radicale), « concerts » (parfois, ça arrive en festival !), « galères diverses », etc … Vous pouvez ajouter les votres si vous voulez, la liste n’est pas exhaustive. Bien loin de là. Mais à Bourges, ça ne se passe pas comme ça, puisque le festival se déroule en centre-ville, et non pas au milieu d’une pâture noyée par des pluies acides (mais pas irradiées, je vous rappelle que le nuage s’est arrêté à la frontière). Le temps d’une semaine printanière de festival, les fils de Bourges se lèvent pour porter le festival de leur ville …

C’trop la teuf !

 Ainsi la ville vibre de sa programmation officielle, qui rameute autant les festivaliers en mal de concerts que des « professionnels » en mal de groupes à appuyer. Ce qui est une fête pour le public de France et de Navarre est également un tremplin, et parfois un échafaud pour les groupes qui jouent avec une trouille inimaginable devant un public de producteurs et de tourneurs à « l’applaudissement silencieux » (pour reprendre une formule d’Orelsan). A côté de ce business des salles de concert, se déroule dans toute la ville le festival « off » : les groupes investissent les bars, les scènes envahissent les rues, et la police doit passer une semaine bien pénible. Parce qu’on se met cher dans le centre de Bourges.

Si tu as capté le combo « jeux de mots pourris x3 » dans la dernière phrase, c’est que tu as trop lu la carte routière de tes parents quand vous alliez en vacances à la Rochelle.

 Donc oui, j’ai passé une semaine à Bourges. Oui, j’ai vu des concerts et je dois admettre que je n’attendais rien de ce festival puisque je ne devais pas y aller à la base, et qu’un profitable concours de circonstances m’y a conduit tout droit … La perspective de découvrir de nouveaux groupes m’a néanmoins séduite dans le train qui m’a mené en pays berrichon. Et une fois cette semaine écoulée et vus quelques concerts des Inouïs (le titre donné aux groupes sélectionnés pour porter l’étendard de leurs régions à Bourges), je me suis demandé si le rock’n’roll n’était pas devenu « mainstream » (Dieu que je n’aime pas ce mot …). Dans son jeu, dans son attitude, dans ses codes … Mais qu’écris-je ? Le rock a-t-il vraiment des codes ?

Un peu de culture : voici le drapeau du Berry. Non ce n’est pas une blague, c’est même très sérieux. Rastafari, le Berry !

 Sincérité, originalité, envie … Autant de choses que j’ai essayé de percevoir dans les projets rock, hip-hop, world, chanson que j’ai pu voir, et que j’ai perçu assez inégalement selon les concerts. Les deux lives qui m’ont vraiment retourné :

  • Tiloun, groupe réunionnais de percussions et chant : une présence scénique dingue, chants et harmonies d’une grande justesse, l’absence de sophistication, l’originalité de la formation … tout ça, pour moi, a mis le groupe au dessus … Ils m’ont presque fait danser, c’est vous dire !
  • Roscoe, groupe belge de rock ambiant … Des guitares d’éther, un mot de chant lâché de temps à autres comme des touches de peinture sur une toile à fignoler, des morceaux de tons variés, un son très bon en concert, … Mon coup de coeur de la semaine !
Pour fermer sur ce cri du coeur, j’irai vers le fond de ma pensée à l’issue de mon expérience berruyère … La beauté du rock est bien dans son aspect populaire, dans le fait qu’apprendre trois accords de guitare nous offre la possibilité de jouer mille chansons. Mais il y a musique et musique, messieurs et dames les musiciens (avec ou sans guillemets, c’est vous qui voyez !) … Il y a faire la musique qui marche et la produire comme on va au bureau. Et il y a faire la musique qui nous prend, qu’on veut entendre et qui fait trembler les foules ! Au terme de ce Printemps de Bourges, vous l’aurez peut-être compris, j’ai la sensation d’avoir vu des bureaucrates du son.

Voilà, fin ! Après une semaine à rencontrer des artistes, les voir jouer, discuter des projets, j’avais juste deux envies à mon retour, à savoir prendre une guitare et gueuler. Et j’ai eu d’autres petites obligations. D’où cet article un peu à la bourre ! Désolé.

Non, pas d’excuses finalement, allez vous faire voir. N’empêche, y’a pas à dire.

Le désir est bien mimétique.