Ma thèse, ma vie

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Concessions, frustrations, dévotion, la vie d’un « thésard » semble être parcourue d’embûches et de déceptions, tant sur le plan personnel que professionnel. Finalement, qu’elle est la satisfaction qu’en retirent les doctorants ?

Allez, ce n’est plus un secret pour personne. J’ai moi-même démarré une thèse en recherche dans le domaine de la cancérologie, depuis le début de l’année 2015. A en voir la fréquence d’articles postés sur ce blog, vous pourrez aisément comprendre que ma première préoccupation n’est plus vraiment la procrastination.

Une thèse, c’est quoi ? Un doctorat, qu’est-ce que c’est ?

Dans le milieu universitaire, une thèse est une sorte de « mémoire » résumant un travail de recherche universitaire, soutenue devant un jury dans le but d’être pourvu du titre de « docteur » et d’être honoré par le plus haut diplôme français, celui du doctorat. Classiquement, en recherche, une thèse – ou doctorat , c’est la même chose – est pratiquée en 3 ans, dans un ou plusieurs laboratoires. Je dis « classiquement », parce qu’il n’est pas rare de voir certains laboratoires agiter une belle et grosse carotte en guise de soutenance devant le vieux « thésard » de 3 ans pour pouvoir profiter de ses bons et loyaux services aux frais du chômage ou des contrats d’escl… ATER.

Les « vieux » briquards thésards tentent de prévenir les jeunes : une thèse, c’est à la fois long et court. C’est dur, c’est frustrant, c’est juché de déceptions et de pression. C’est aussi l’incompréhension de la famille, de ses amis, de sa moitié. C’est le « +1″ qui rend obsolète les autres. Parce que quand on fait une thèse, on mange thèse, on dort thèse, on boit thèse, on vit thèse. Le reste n’est que distraction.

Pourtant, nombreux sont les pauvres fous qui tentent l’aventure. En moyenne, il y a 7000 thèse soutenues par an. 7000 nouveaux docteurs, pour quelques centaines de postes à pourvoir par an en France. Triste constat. Pourtant, il y en a. Toujours très motivés, toujours prêts à se donner à fond. Je crois en faire partie. On sait jamais vraiment en fait. Jamais avant d’avoir fini une thèse.

60h par semaine, un salaire à des années-lumières de ce que l’on pourrait revendiquer, une pression soutenue, des obligations de résultats, un travail tant cérébral que technique, le manque de sommeil et toujours cette impression de vivre à moitié, autant de choses qui font du doctorat une vraie épreuve pour celui/celle qui s’y était préparée, un véritable calvaire pour celui/celle qui ne s’y attendait pas.

Mais alors, qu’elle est la première motivation qui poussent les futurs chercheurs à démarrer une thèse ? Ce soir, j’ai obtenu ma réponse. Je crois qu’il y a autant de raisons à travailler « pour » la recherche qu’il existe d’individus désireux de s’impliquer dans la recherche. Il y a celui qui a toujours su que c’est ce qu’il ferait; celui qui pense pouvoir faire avancer la recherche dans son domaine, celui qui voulait la reconnaissance de ces pairs, celui qui ne savait pas trop quoi faire après un master, celui qui aurait bien voulu être un artiste, celui qui voulait   la coke et les tepu... Celui qui a une vengeance à prendre sur la vie. C’est moi.

En effet, quel a été le déclic soudain qui a fait passer le jeune Bakenji en Master 1 qui ne voulait surtout pas entendre parler du doctorat au jeune Bakenji en 2e mois de thèse ? Le contexte affectif personnel. Ma sœur est récemment décédée d’un cancer généralisé et métastasé. Même si personne ou presque ne connait cette histoire au sein de mon laboratoire, la coïncidence ou le destin – prenez ce qui vous plait le mieux – a fait que je devais faire ma thèse sur la recherche anti-cancéreuse. J’ai pris cela comme une chance que m’offrait la vie pour me venger d’un état de fait que je pouvais pas vraiment gérer. Un défi, une opportunité qui ne se présente pas souvent.

Et d’un coup, c’est là où je me demande si je fais de la recherche pour les bonnes raisons. Pourrais-je vraiment un jour dire « j’ai découvert un traitement fonctionnel contre le cancer »? Ou bien consacrer toute ma vie à la recherche de la sacro-sainte thérapie miraculeuse… et ne vivre que de frustrations et par procuration.

Mais c’est là qu’on cherche un peu à savoir le « pourquoi ». Pourquoi fais-tu une thèse ? C’est si mal payé, mal reconnu (surtout en France), si douloureux à exécuter. Et en fait, après un tour rapide de table, quelques échanges, je me rends compte qu’il n’y a pas de bonnes ou mauvaises raisons de faire de la recherche. Chacun y tire son propre intérêt, ses propres motivations.

Moi je fais mon deuil. A ma façon.