Pourquoi avons nous twitter et pas hyperloop ?

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Il s’agit de rebondir sur l’article de Bakenji concernant l’hyperloop. Et aussi, ce midi il m’a menacé de plus être mon ami si je n’écrivais pas un article. Alors je m’exécute.

 

Et comme mon cerveau lessivé par les examens n’est plus capable de produire un travail originale cet article est largement inspiré du blog d’un entrepreneur américain (Jerzy Ganzi) et de son article  »Why Silicon Valley Funds Instagrams, not Hyperloop ».

Sa thèse est largement applicable à l’ensemble des entreprises.

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Alors non, pas de voiture volante en l’an 2010. Par contre, vous pouvez vous envoyer des messages de 140 caractères ! Comment ça avec le télégramme il n’y avait pas de limite de taille ?

 

Cet à dire que le projet Hyperloop n’est pas vraiment nouveau. Le concept existe depuis les années 1970. Depuis de nombreuses recherches théoriques et des prototypes ont été mis au point. D’autre part, une application beaucoup plus standard de la sustentation magnétique est en projet depuis plusieurs années au Japon (le Maglev qui est encore sacrément un train.)

 

Pourtant comme l’Hyperloop devrait être plus rapide, moins cher et moins polluant que les moyens de transports existant pourquoi est-ce que cela fait 40 ans que ça reste dans les cartons sans trouver de financement ? Plus globalement, qu’est ce qui favorise les projets virtuels comme Facebook ou Instagrams et pas les vrai innovations qui changeraient nos vies ?

 

Les grandes entreprises ont fait le choix général de couper dans les dépenses de recherche et développement. Dedans ma branche, le choix de l’industrie pharmaceutique est flagrant. La part publicité a explosé en quelques années alors que la recherche interne a largement diminué. Les nouvelles molécules sont essentiellement le fait d’acquisition de petits laboratoires par les grands groupes et/ou d’achats de brevets. La recherche est sous-traité en somme. L’avenir ne viendra pas des multinationales donc.

 Les stratégies d’investissements actuelles favorisent une approche où on investis peu dans plein de projet plutôt que beaucoup dans un seul. Les investisseurs ont abandonné l’idée de prédire quel projet fonctionnera. Il vaut mieux investir partout, le projet qui rapportera des pépettes remboursera tous les échecs. Du coup, lorsque Hyperloop fait sa première levée de fond, il a accès à beaucoup moins, alors qu’il lui faut beaucoup plus vu la taille du projet, ne serait-ce que pour les études préliminaires de faisabilité.

De plus, les fond d’investissements se sont spécialisés. D’aucun investis uniquement dans les média sociaux, ou dans le commerce en ligne… Mais du coup personne est spécialisé dans dans une technologie, un marché qui n’existe pas encore !

 

 Plus généralement cette stratégies s’intègre dans une politique d’aversion du risque. On veut des projets pas trop cher, et pas trop innovant : il faut que ça ressemble le plus possible à quelque chose qui ait déjà fonctionné…

Et à fortiori on ne prend pas de risque avec un mec qui n’a rien encore prouvé dans le monde de l’entreprise, un ingénieur expert en lévitation magnétique qui n’a jamais monté sa boite . Les fondateurs de Paypal, Google, Facebook n’étaient pas des vieux briscards de la création d’entreprise… Mais au moins ils amenaient quelque chose, une version bêta de leur projet, ce qui est fort compliqué pour une technologie en dur comme l’hyperloop.

Ce qui nous amène au fait que les investisseurs ne financent pas des idées, ils financent du concret. Surtout si il y a déjà un business, un produit existant… C’est possible de faire une version bêta de Paypal sur son PC, de lancer le site, d’avoir quelques transactions de d’aller voir des investisseurs avec un produit qui génère déjà du chiffre. C’est moins facile de construire une rame d’Hyperloop dans son garage.

Ce qui nous éloigne du  »minimal viable product ». Le premier produit commercialisable. Ce n’est pas un mauvais concept, l’idée étant de tester le business modèle de son entreprise – avec un produit à la finition perfectible, certes – au plus vite avant d’aller plus loin… Mais là c’est devenu un dogme. L’industrie du jeu vidéo est quasiment entièrement tourné vers ce principe, d’ailleurs. Combien de jeux sortent non finis, buggés, à peine jouable pour être patchés par la suite ? Personnellement, je ne monterais pas dans Hyperloop s’il est financé par Electronics Arts… Ou alors j’attendrais que les premiers correctifs sortent…

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Blizzard a compris qu’il valait mieux sortir un logiciel finis qu’une ébauche qu’on rafistolerais par la suite..

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 Ce qui compte pour un investisseur c’est sa stratégie de sortie. L’investisseur ça l’intéresse pas d’investir dans 1% du capital d’une entreprise pour quelques années plus tard recevoir 1% du bénéfice. Non, il veut revendre ses parts au plus cher et au plus vite. Qu’importe que ce soit rentable à long terme, il doit justifier de son chiffre à la fin de l’année pas à la fin de la décennie.

Et du coup il y a deux stratégies viables. L’acquisition par une plus grosse entreprise ou l’entrée en bourse pour revendre les parts que l’on possède.

La première ne favorise pas les énormes projets comme Hyperloop. Personne n’aura les moyens de  »racheter » Hyperloop et les introductions en bourse on a vu avec Facebook combien c’était le bordel. Le cours d’une action est lié à un équilibre spéculatif entre les différents acteurs (qui sont là pour acheter et revendre plus cher, non pas pour se positionner à long terme) mais pas vraiment à la qualité du produit. Le résultat est devenu trop aléatoire pour être intéressant… Il vaut donc mieux financer un projet plus modeste qui sera par la suite racheté par une multinationale.

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C’est pour ça qu’on a instagram et pas hyperloop. Finalement, on prend souvent des photos et on ne va pas souvent à Pékin, ce n’est peut-être pas si illogique.