Pourquoi je n’aime pas Philippe Even. Partie 1.

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Monsieur le Dr Philippe Even connut pour ses prises de positions radicales contre l’industrie pharmaceutique et auteur récemment des deux livres  »le guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux » et  »la vérité sur le cholestérol« 

On entend beaucoup ce docteur octogénaire dans les média. Il fait le show, vous n’avez pas pu le louper. Ici, par exemple :

Je vais vous expliquer pourquoi je n’apprécie vraiment pas ce monsieur, pourquoi je n’ai aucun respect pour lui et pourquoi je n’accorde aucune foi en sa parole. Et en trois parties, s’il vous plaît, je prendrais son dernier brulot anti-statine et pro-cholestérol comme pivot central de mon récit.

Tout d’abord, intéressons nous au personnage. Qui est Philippe Even et qu’a t-il fait pour être connut ?

Mr Even est né en 1932 et est le fils d’un pneumologue renommé pour sa lutte contre la tuberculose. Il a comme son père suivis une carrière de pneumologie – et non pas cardiologue, notez le bien. Son métier ne lui donne pas d’autorité particulière pour discuter du cholestérol. Pas plus que les autres médecins français et certainement moins que les cardiologues, mais ça ne l’embarrasse, vous verrez pourquoi. Mr Even ne pratique ni n’enseigne plus la médecine, à ma connaissance.

La première sortis médiatique de Philippe Even c’est en 1985 au moment du début de l’épidémie à VIH. Il annonça à la presse qu’il avait trouvé comment guérir du SIDA, le traitement miracle était la ciclosporine un traitement immunosuppresseur toujours utilisé pour éviter le rejet des greffes.

Il s’agissait d’un essai mené sans le consentement des patients ni l’accord du conseil national d’éthique. C’est totalement illégal, cela va au contraire de tout ce qui a été fait pour limiter les abus dans la domaine du recherche sur l’être humain. En gros, à l’insu d’une dizaine de patient suivis pour leur VIH et sans l’accord de la commission chargée de vérifier que cela ne leur portait pas préjudice les patients ont reçu de la ciclosporine. Leur décès a probablement été accéléré, les complications du VIH viennent de son action de destruction du système immunitaire, la ciclosporine le désactive. (la thèse de Mr Even et de deux de ses collègues étaient qu’en inactivant les lymphocytes T CD4 avec la ciclosporine, le VIH cesserait de se propager). L’essai a été un échec, tous les patients traités sont décédés et une étude récente américaine – menée avec tous les consentements nécessaires cette fois – a démontré que la ciclosporine était bien inutile dans ce contexte.

Pas de poursuite, les pouvoirs publiques qui avaient largement relayés et soutenus les interventions médiatiques de Philippe Even ont largement étouffés une affaire pourtant d’une gravité comparable au fameux scandale de l’étude de Tuskegee.

Depuis, et même auparavant le nom de Philippe Even n’apparaît dans aucune publication d’importance, au fort impact factor.

Avant sa réapparition médiatique et sa croisade contre l’industrie pharmaceutique, Mr Even était connut pour ses prises de positions sur le tabagisme passif. Il niait purement et simplement l’incidence sur la santé du tabagisme passif. D’autre part, il affirmait que le cigare n’augmentait pas le risque de cancer du poumon et qu’il était licite de commencer à fumer à 40 ans car le cancer mettait trop de temps à se déclarer. On ne peut nier que le tabac est un sujet où il avait une certaine légitimité à s’exprimer en sa qualité de pneumologue. Cette étude publiée dans le Lancet démontre le contraire. Cette étude rétrospective montre une surmortalité chez les personnes, et en particulier les enfants, exposés au tabagisme passif, en extrapolant les auteurs estiment à 600 000 par ans le nombre de décès attribuable au tabagisme passif. Je donne cet exemple récent mais il existe une multitude d’études en faveur d’une nocivité du tabagisme passif. En réalité, le courant de fumé secondaire s’échappant de la cigarette, et issus d’une combustion à basse température contient beaucoup plus de produits toxiques.

Je vais raccourcir mais ses autres prises de positions sont sur les médicaments – il juge que la majorité sont inutiles et sur l’industrie pharmaceutique (bon il a été très pour jadis mais maintenant il est très contre). Si dans le fond se sont des sujets qui prêtent au débat, la vision manichéenne et la rhétorique – toujours la même – de Philippe Even n’est pas convenable.

Toute sa rhétorique est la suivante : je suis le seul à me battre contre un lobby tout puissant (l’industrie pharmaceutique, les anti-tabac…). Les pouvoirs publiques et mes collègues sont corrompus, complices ou idiot donc leur parole n’a pas de valeur – sauf la minorité d’accord avec moi. Toutes les études sont truquées par ses adversaires, sauf celles qui vont en son sens. D’ailleurs les études qui vont en son sens sont rare, donc il se passe d’argumentation le plus souvent. « C’est comme ça parce que je l’affirme. »

C’est justement son argumentaire sur les statines. En 4ème de couverture il affirme avoir étudié 45 études qui prouvent inefficacité des statines. En réalité, il explique que ces études – sensées prouver à l’efficacité des Statines et à la nocivité de l’hypercholestérolémie – sont truquées et emplis d’erreur. Ce qui n’est pas la même chose… Mais j’y reviendrais en partie 2.

Donc si on résume, il n’est pas cardiologue, ne pratique plus la médecine, a fait très peu de recherche – si on met de côté l’épisode de la ciclosporine où il a fait preuve de malhonnêteté – a déjà défendu des causes indéfendables (et c’est trompé) et présente un argumentaire absolument pas scientifique.

Pour conclure, je n’aime pas Philippe Even car les média lui accordent une place sans commune mesure avec sa légitimité (morale et professionnelle) quand aux sujets sur lesquels il publie.