Un barrage sur le détroit de Gibraltar ?

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Le très sérieux projet Atlantropa de l’architecte allemand Herman Sorgel (1885-1952) était la construction d’un barrage sur le détroit de Gibraltar. Avec comme bénéfice la production d’une immense quantité d’énergie à faible coût pour l’Europe et l’accroissement des terres arables par retrait d’une partie de la méditerranée.

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Le détroit de Gibraltar – colonnes d’hercule chez les auteurs de l’antiquité greco-romaine – est le passage entre l’océan atlantique et la mer méditerranée. Seul passage qui fait de la Mare Nostrum des romains une mer qui n’est pas close (comme la mer morte, ou la mer d’Aral). Large de plus de 14 km et profond de 300 m il fait partis des eaux internationales. Les rives appartiennent au Royaume-unis (Gibraltar) et à l’Espagne côté Europe. Au Maroc et à l’Espagne (Ceuta) côté africain. Il s’agit d’une voie de passage majeur du fret maritime. En effet, via le canal de suez la plus grande partie du trafic Europe-Asie ce fait par ce détroit.

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La théorie du déclin de l’occident n’est pas nouvelle. L’Asie est si grande et si peuplée, l’Amérique si riche en matières premières et son ‘industrie si puissante… En 1928, Herman Sorgel avait déjà fait ce constat et dans le contexte d’une flambée du prix du pétrole (encore un thème bien contemporain) lança le projet. Il s’agirait de construire un immense barrage et d’utiliser le débit atlantique-méditerranée comme énergie (90 000 m3 d’eau par seconde). Outre la production électrique, l’abaissement du niveau de la méditerranée – dont l’apport des fleuves ne compensera pas la perte de l’apport par l’atlantique – de 200 mètres aurait permis de gagner 660 000 km² de terres fertiles le long des côtes. La construction d’une liaison (pont ou tunnel) entre la Sicile, désormais reliée au continent, et la Tunisie aurait permis la création d’un grand ensemble Europe-Afrique (le fameux Atlantropa) capable de faire jeu égal avec l’Asie et l’Amérique (une histoire d’A).

 

 

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Il ne s’agissait pas que de production électrique, mais effectivement de créer un projet cohérent Europe-Afrique. Des barrages sur la rivière Congo aurait complété l’approvisionnement énergétique et permis le percement de canaux vers le Sahara pour améliorer la production alimentaire de l’Afrique du nord. Disponibilité des matières premières africaines, nouveaux marchés pour l’industrie du vieux continent, voilà de quoi défier les autres puissances.

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Initialement, grosseuh émulation en Germanie. L’ingénieur Bruno Siegwart directeur de la Shell dessina les plans du barrage, l’architecte Peter Behrens, les plans des nouvelles villes ainsi qu’un système de digue pour protéger les ports historiques du vieux continent (Venise…) relié à la mer par des canaux. Un énorme dossier, de nombreux livres et conférences, les Teutons méticuleux avaient tout prévue. Seulement les nuages s’accumulèrent vite sur la vieille Europe et l’arrivée des nazi au pouvoir opposés à toute collaboration européenne et favorable à des conquêtes vers l’est et non le sud donna un coup d’arrêt au projet. Sorgel le pacifiste fut d’ailleurs interdit de publication en Allemagne à partie de 1942. Puis à la fin de la guerre, malgré l’intérêt polis des officiels anglo-français puis américains, ce n’était clairement pas la priorité du plan Marshall – le plan d’aide américain visant à la reconstruction de l’Europe et son renforcement contre le communisme. Sorgel milita toute sa vie pour ce projet qui mourut avec lui en 1962 d’un accident de vélo.

 

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Si vous lisez le maître du haut-château de P.K.Dick, vous y découvrirez une méditerranée vidée par les nazi avec un immense barrage au fameux détroit.

Il ne s’agissait pas seulement d’une utopie, de nombreux esprits de l’entre-deux guerres auteurs de brillantes réalisations par ailleurs y ont contribué. Cela paraissait faisable et répondait aux préoccupations de l’époque. La révolution industrielle, les machines-outils, avaient privé de travail les hommes de l’Europe surpeuplé. Il fallait de nouvelles terres où faire vivre et travailler les désoeuvrés. Créer de nouveaux marchés et intégrer les peuples européens dans des états-unis d’Europe tournée vers un objectif commun. « Soit Atlantropa soit le déclin du monde » disaient-ils.

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Sorgel était sensible aux tensions entre Israëliens et Palestiniens, et espérait que l’apparition de ces nouvelles terres arables pourraient apaiser leurs relations.

De nos jours, la faisabilité technique semble douteuse. De plus, outre le désastre écologique, Gibraltar est une région sismique et la rupture du barrage aurait eu des conséquences désastreuses pour les côtes du bassin méditerranéen. Et puis, Sorgel était un homme de son temps, un temps colonial. La puissance de l’Europe se serait bâtit au dépend de l’Afrique.

 

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