Un pape et deux antipapes

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Hier, lundi 11 février, le pape Benoît XVI a annoncé son intention de démissionner à la fin du mois (le 28 février à 20 heure, exactement). En latin le cardinal Joseph Ratzinger (son nom avant d’être élu pape) a expliqué qu’il n’avait plus les forces de diriger l’église catholique à 85 ans et qu »il préférait se retirer pour le bien de l’église. Cette attitude fait couler beaucoup d’encre. D’aucun la trouveront courageuse et en phase avec son époque, d’autres verront cela comme un abandon de poste.

Ce qui est sur c’est qu’une la renonciation d’un pape à sa fonction pontifical est loin d’être un phénomène courant. La dernière fois c’était il y a un peu moins de 600 ans et en toute autre circonstances. La démission du pape Grégoire XII a mis fin au grand schisme d’occident où s’affrontèrent jusqu’à trois papes siégeant à Rome, Avignon et Pise. C’est de ça que je veux vous parler aujourd’hui.

L’Europe au début du 15ème siècle. En France, on évoque surtout cette époque pour la guerre de 100 ans qui a eu lieu de 1337 à 1453.

Le grand schisme d’occident commença en 1378 avec les élections des papes Urbain Vl  puis Clément Vll respectivement à Rome et Avignon.

Le contexte :

Depuis 1309 les papes étaient installés à Avignon et siégeaient avec le soutien du Roi de France. Ils étaient français et nommaient des cardinaux français un peu partout et en particulier en Italie. Ces derniers, plus politiciens que gens d’église, s’y enrichissaient et les cités états Italiennes voyaient ça d’un mauvais œil.

Le déclenchement :

Le pape Grégoire Xll décida en 1376 de retourner à Rome pour y assurer sa position. Effectivement, les territoires de la papauté en Italie étaient la cause de nombreux conflits entre les cités et royaumes de la péninsule italienne. C’est son décès à Rome qui mit le feu au poudre. La population s’y révolta obligeant le Sacré Collège (composé de cardinaux Français et venant d’Avignon, si vous suivez) à élire un pape Romain, Urbain Vl. Ce dernier voulut moraliser la vie religieuse et priva ses cardinaux de pensions. Ces derniers ne l’acceptèrent pas et avec le soutiens de la Reine de Naples élurent (ça se dit ?) un nouveau pape arguant de la non validité d’une élection sous la contrainte.

Urbain Vl

Le Roi de France convaincu par leurs arguments accueillis l’antipape Clément Vll à Avignon. Deux papes.

Clément Vll

Du fait de la guerre de cent ans, l’Europe religieuse se scinda en deux. Les potes des Français et les ennemis des Anglais se déclarèrent pour le pape Avignonais (donc la France, la Castille, Naple, l’écosse et une bonne moitié des états du saint empereur germanique). Les potes des Anglais et les ennemis des Français pour le pape Romain (donc l’Angleterre, l’Italie du nord, la Flandre, l’autre moitié des états du saint empire…). Enfin, en vrai ça a un peu changé tout le temps.

Ces deux papes et leurs successeurs n’eurent de cesse que de s’excommunier de mener des croisades les un contre les autres en Italie. Rome changea de main plusieurs fois dans les décennies suivantes et l’église se ruina tout en perdant beaucoup de sa légitimité ce qui fit le lit du protestantisme un siècle plus tard.

Le dénouement :

Mais en 1409, des cardinaux pensaient tenir la solution pour mettre fin au schisme. Ils réunirent à Pise 500 représentants de toutes les obédiences d’europe et lors de ce concile fut décider d’élire un nouveau Pape pour remplacer les deux précédents. Bien, a part ajouter un 3ème pape ça n’a pas changé grand chose, puisque les deux pontifes rivaux excommunièrent leur 3ème concurrent et tous ses cardinaux et l’europe se divisa un peu plus.

En 1410 il y avait donc Jean XXlll à Pise, Benoît Xlll à Avignon et Grégoire Xll à Rome. 1 pape, 2 antipapes : le compte est bon.

Grégoire Xll

La solution vint des puissances européennes. Le saint empereur Romain Germanique Sigismond avec le soutiens de tous les souverains européens convoqua un nouveau Concile réunissant tout comme à Pise des cardinaux représentant toutes les obédiences européennes. Par contre, ce coup-ci il avait la puissance militaire pour imposer ce 4ème pape (Martin V, élu à l’unanimité car il avait promis de ne retirer les obédiences d’aucun des cardinaux des trois papes) sans que les autres puissances européennes lassées de ces conflits papaux ne s’en émeuvent. Jean XXlll et Benoît Xlll furent déposer par le concile et…. Grégoire Xll démissionna pour mettre fin au schisme.

En réalité, Benoît XXlll continua à faire sa petite vie d’antipape dissident en Aragon et mourut en ayant perdu tous ses soutiens. Ses proches continuèrent à élirent des antipapes appelés antipapes imaginaires pendant quelques décennies.